exploitation

« D’une certaine manière il s’agit de l’élément le plus évident de la financiarisation, l’élément que nous voyons tous. De ce point de vue le capitalisme contemporain est particulier et cela comporte une dimension économique et une dimension non-économique. Bien entendu, les ménages font preuve de comportement économique mais ils agissent aussi de façon non-économique, car les gens ne sont pas des entreprises. Vous avez une famille, vous élevez des enfants et vous devez reproduire la force de travail. Ces processus n’ont pas directement lieu dans la sphère économique. Donc la manière dont la finance se connecte à vous est un processus très complexe qui varie de pays en pays. Or, nous assistons à une extraction de profits directement branchée sur les ménages, directement branchée sur les travailleurs. Le transfert direct de valeurs des individus et des ménages vers les institutions financières est un phénomène nouveau, qui a des implications très importantes pour le développement à la fois des ménages et de la finance. C’est une nouvelle forme d’exploitation. »

Money, money, money : entretien avec Costas Lapavitsas in http://revueperiode.net/money-money-money-entretien-avec-costas-lapavitsas/

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spectacle

« […] le spectacle est la condensation imagée du capital, c’est une accumulation d’images dont la vérité est aussi invisible qu’est invisible la vérité de la marchandise et dont la réalité est aussi réelle qu’elle […]

[…] le spectacle c’est la manifestation très réelle du capital et de la guerre sociale, c’est le capital dans son abstraction réelle […]

[…] le spectacle ne désigne pas un niveau idéologique surplombant la réalité sociale mais une abstraction réelle dans la réalité sociale […] »

 

Gérard Briche à propos de Guy Debord et de la théorie du spectacle in http://www.palim-psao.fr/2017/02/le-spectacle-comme-illusion-et-comme-realite-par-gerard-briche-enregistrement.html

black hole

« Just like today eternity is accomplished

in split seconds, I read that Old Nieh

in the wilderness vastness trained a mountain

tiger to carry his firewood. Black hole the size

of 300 billions of suns is gobbing up the M87

galaxy because astronomers gave it a boring name.

Time passed in sitting begs mercy from the clock. »

 

Jim Harrison in L’éclipse de lune de Davenport et autres poèmes, ©La Table Ronde Paris 2017, p.56

main sous lumière à en rire (zone grise)

c’est venu

d’un coup

voit

main

posée sur

genou

gauche

sa main

mais

ne peut pas

reconnaître

main

de vieux

peau devenue

transparente

papier

huilé

parchemin

autre

temps

réseau

de veinules

rhizome verdâtre

sous  lumière

à en rire

les fondamentaux /caractère délirant / économie bourgeoise

« Mais c’est précisément cette forme achevée du monde des marchandises – la forme-monnaie- qui occulte sous une espèce matérielle, au lieu de les révéler, le caractère social des travaux privés et donc des rapports sociaux des travailleurs privés. Quand je dis qu’un habit, des bottes etc, se réfèrent à la toile comme incarnation générale de travail humain abstrait, le caractère délirant de cette expression saute aux yeux. Mais quand les producteurs de l’habit, des bottes, etc, réfèrent ces marchandises à la toile – ou à de l’or et de l’argent, ce qui ne change rien à l’affaire – comme équivalent universel, la relation de leurs travaux privés au travail social global leur apparaît exactement sous cette forme délirante.

C’est précisément ce genre de formes qui constituent les catégories de l’économie bourgeoise. Ce sont des formes de pensée qui ont une validité sociale, et donc une objectivité, pour les rapports de production de ce mode de production social historiquement déterminé qu’est la production marchande. Si donc nous nous échappons vers d’autres formes de production, nous verrons disparaître instantanément tout le mysticisme du monde de la marchandise, tous les sortilèges qui voilent d’une brume fantomatique les produits du travail accompli sur la base de la production marchande. »

 

Karl Marx in Le Capital, ©1993 Les presses universitaires de France, p.87

les fondamentaux

« La forme-valeur universelle, qui présente les produits du travail comme de simples gélifications de travail humain indistinct, montre par sa propre structure qu’elle est l’expression sociale du monde des marchandises. Elle manifeste ainsi qu’au sein de ce monde  des marchandises, c’est le caractère universellement humain du travail qui constitue son caractère spécifiquement social. »

 

Karl Marx in Le Capital livre I, ©1993 Presses Universitaires de France collection Quadridge, p.77

casse-toi pauvre canard, le syndrome de la cible manquée (ou non?)

La satire est un exercice périlleux, surtout si la cible de cette dernière n’est pas comprise dans ses fondements mêmes. L’exposition en cours dans les bâtiments institutionnels du Wiels est exemplaire de cette cible manquée. Il y a quelque chose de l’acte manqué ou du lapsus révélateur, ce qui d’ailleurs est plus terrible encore.

L’œuvre présentée au 4ème étage intitulée prosaïquement « (Casse-toi alors) Pauvre canard « (1) servira de levier pour montrer en quoi la critique du capitalisme (à travers la satire) par Sven ‘t Jolle relève d’un anti-capitalisme primaire ou tronqué, c’est selon.

La pièce en question est constituée de deux tréteaux qui soutiennent une poutrelle métallique sur laquelle se trouve  à califourchon Oncle Picsous, le personnage créé par Walt Disney. La sculpture est entièrement noire et quelques plumes blanches déposées sur la figurine font allusion au sort réservé aux tricheurs dans l’ouest américain, celui d’être plongé dans le goudron et recouvert de plumes pour ensuite être exposé à l’opprobre de la population.

Le choix de la figure d’Oncle Picsous est ambiguë, ambiguïté qui réside en ceci que ce personnage de dessin animé incarne l’avarice la plus redoutable qu’il soit, alors que la figure du capitaliste est celle d’un entrepreneur qui investit et prend des risques. L’image du capitaliste n’est absolument pas celle d’un obsédé de la thésaurisation, il y a erreur sur la personne. Une faille fait trembler l’édifice de cette satire, le personnage n’est pas le bon (ce qui en soi est plutôt comique). C’est là que vient se loger l’acte manqué, dans cette mauvaise brèche, celle d’une lecture tronquée de la machinerie capitaliste. La logique biaisée de cette satire semble alors renvoyer à une autre lecture critique du capitalisme, une critique de surface qui vient s’arcbouter sur les échos dangereux des brèves de comptoir. Il y aurait des responsables aux crises frénétiques qui secouent régulièrement le système capitaliste. Ces responsables prendraient les traits des méchants investisseurs de tout bord, des banquiers malhonnêtes et des traders fous. Très certainement le système capitaliste tient parce que des groupes d’individus, des structures étatiques lui servent de courroie de transmission. Il y a un tissage profond entre les subjectivités et les structures qui animent la machinerie. Marx et Foucault (Pierre Macherey dans son livre « Le sujet des normes »), chacun à leur manière l’ont montré et démontré. Il est tout aussi naïf de croire que le système fonctionne en roue libre que de croire qu’il y aurait des responsables et les autres, victimes consentantes. Ce qui ne veut pas dire que les banquiers et consorts ne sont pas éventuellement des salauds. Mais au contraire de ce que dit Sven ‘t Jolle qui indique clairement les responsables, tous-tes sont pris-es dans le même piège, chacun-e à des échelles différentes est un-e acteur-trice (actif-ve et servile) de la machinerie. Le trader qui génère des milliards de dollars doit répondre aux mêmes injonctions de profit que l’artiste qui livre sa marchandise. Il y a une totalité à l’œuvre (au sens de Fredric Jameson (2)) qui inclut l’ensemble des participants dans un sens colonisateur et impérialiste, c’est-à-dire une véritable entreprise de dévoration des mondes pour la gloire du saint profit. S’en tenir à une critique sous forme de dénonciation des acteurs de cette totalité c’est un peu tenter de vider une bassine d’eau à l’aide d’une passoire. Les enjeux d’une critique véritable du capitalisme sont à faire dans ce qui constitue le cœur de la machinerie, le procès de la valorisation. Car c’est là que prennent naissance des rapports sociaux soumis à des moyens de production qui n’appartiennent qu’au système capitaliste avec le travail comme grand médiateur social par excellence (3). Il n’y a pas de leçon à donner ni d’entreprise de moralisation d’un système qui en est exempt mais il est acrobatique de s’attaquer à une critique de la totalité capitaliste sans filets de protections même sous la forme de la satire.

Pour revenir à l’acte manqué, le récit de Picsous n’est pas le bon, il cache un autre récit, plus obscur. Ce récit enfoui ouvre des pistes de lectures sombres et idéologiquement douteuses. La figure de l’avarice et du thésauriseur pourrait conduire d’une manière détournée sur les chemins de l’antisémitisme, la figure du juif étant assimilable à celle de l’avarice. Décider de s’appuyer sur la figure du bouc émissaire pour appliquer une critique (très littérale et primaire) du système capitaliste est un choix dangereux qui au contraire de lever un voile sur les rouages profonds du procès capitaliste vient en déposer un plus insidieux et opaque. L’exposition de Sven ‘t Jolle présentée au Wiels laisse donc un arrière-goût d’une certaine légèreté et d’un empêchement de trouver sinon des réponses, au moins des questions qui ouvrent des brèches pour la mise en place de moyens de productions débranchés de la sainte valeur et de sa course infinie. Sans une critique fondée de la machinerie capitaliste, la satire  devient comme les aveugles de Breughel et prend le risque de tomber dans la fosse annoncée.

 

 

(1)http://www.wiels.org/fr/exhibitions/925/Sven-t-Jolle-The-Age-of-Entitlement-or-Affordable-Tooth-Extraction

(2) cfr Fredric Jameson « C’est à désespérer, ou à rire, du mot totalité. Sartre parle de totalisation parce que la vision de la totalité est impossible. Nous essayons donc de faire la somme, de projeter et de déduire à partir d’une vue limitée de la réalité, du fait même que nous ne sommes pas dans la position de Dieu pour embrasser le monde d’un seul regard. La totalisation implique au contraire l’impossibilité d’une vision totalisante. » in http://revueperiode.net/le-marxisme-face-a-la-postmodernite-entretien-avec-fredric-jameson/

(3) cfr les développements théoriques de la critique de la valeur-dissociation : http://www.palim-psao.fr /  Moishe Postone in Critique du fétiche capital. Le capitalisme, l’antisémitisme et la gauche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

conditions d’effondrements à venir

« Concevoir le postmoderne comme la fin de la modernisation comporte des conséquences qui vont très loin. La postmodernisation (les technologies postmodernes telles l’informatique ou les techniques de communication) ne s’inscrit pas dans le prolongement de la modernisation : n’étant pas un mode de production de valeurs, elle s’avère incapable de satisfaire les besoins élémentaires de la population et de la nation. La fin de la modernité est une hypothèse féconde dans la mesure où elle dresse un état des lieux véritablement catastrophique : une crise multiple, l’absence de possibilités de modernisation, la disparition de la production des valeurs. C’est uniquement à ce titre que l’on est autorisé à se servir de la formule stricte de la fin de la modernité. Sinon on peut adopter un autre modèle dans lequel coexistent trois courants différents évoqués précédemment. Il devient alors simpliste d’évoquer une fin du moderne comme s’il s’agissait d’époques closes et étanches. Mais l’autre formule n’est pas inutile pour celui qui veut expliquer les aspects les plus frappants de l’actualité où une richesse extraordinaire côtoie une pauvreté sans précédent. »

 

Le marxisme face à la postmodernité : entretien avec Fredric Jameson in http://revueperiode.net/le-marxisme-face-a-la-postmodernite-entretien-avec-fredric-jameson/

zone grise II

zoning

tangente

d’un

échangeur

d’autoroute

pylônes

électriques

tour de

refroidissement

et sa

lente

colonne de fumée

blanche

entre matérialisme

et idéalisme

enseignes commerciales

dont

les couleurs

invites

crapuleuses

 

au déchainement

pulsionnel

du

saint fétiche

à quatre

roues

 

 

 

 

 

 

entre gris et vert (zone grise I)

jardin

entre gris et

vert

un merle donne

du bec

songeant

à l’absurdité

crasse

à l’abstraction

infinie

aux calculs

délirants

d’une espèce

en voie

d’extinction